Mea Culpa

Mea Culpa

mea culpa

Ayant eu un enfant sur le tard, j’ai forcément fréquenté pas mal de personnes de ma génération qui avaient des enfants alors que je n’en avais pas. Et je dois bien l’avouer, à cette époque nulliparesque, supporter ceux des autres me saoulait. Ils monopolisaient tout le monde, ils nous interrompaient tout le temps pendant nos super hyper importantes conversations (qui finissaient d’ailleurs inévitablement par tourner autour d’eux), ils nous obligeaient à fumer dehors, bref. Relous, les lardons. Je n’ai donc pas toujours été d’une patience extrême envers eux.

Alors j’ai un gros mea culpa à faire à ces parents et enfants que j’ai du un tant soit peu heurter ou au moins mettre mal à l’aise.

Un mea culpa aux parents (des personnes proches et chères), pour les :

  • Laisse-le donc pleurer un peu, qu’on puisse mater cette série peinard. Qué? Tu ne le laisses JAMAIS pleurer? Nan mais il va devenir relou, ton môme.*
  •  Tu vas le chercher tout de suite dès son réveil là? Tu peux pas le laisser un peu dans son lit qu’on finisse notre bière-clope tranquille?
  • Sérieux tu ne l’engueules jamais? Même quand il est chiant comme ça? Bah cherche pas, c’est pour ça qu’il est chiant.*
  • T’as vraiment jamais envie de lui en retourner une?  Moi je ne sais pas si je pourrais résister, il est quand même super chiant là.*
  • Il est devenu vachement capricieux non? Remarque c’est normal, tu ne l’engueules jamais. *
  • Tu l’allaites encore? Ça fait bizarre maintenant qu’il marche. Ça a l’air hyper contraignant, en plus.
  • Bah moi aussi je suis fatiguée, c’est pas parce que j’ai pas d’enfant que je ne fais rien hein (ah ah ah).
  • Putain il n’a pas intérêt à pleurer cette nuit, je dors dans la chambre à côté et je suis vraiment crevée (variante : eh tu le laisses pas entrer dans ma chambre demain matin avant 9h hein, je suis vraiment crevée).**
  • Ah il se couche à 20h? J’arriverai vers 19h45. Nan, plus tôt je ne pourrai pas, j’ai poney.
  • Je comprendrai quand j’aurai un enfant? Ah mais je n’en aurai pas, merci mais non, si c’est pour supporter ÇA.

Et mea culpa aux enfants, que j’espère ne pas avoir traumatisés*, pour les:

  • Bon c’est bon on a compris, tais-toi maintenant.
  • T’es casse couilles toi à la fin on ne s’entend plus parler.
  • T’es pas beau quand tu pleures.

Voilà. Et encore, je suis sûre que j’en oublie. Mon petit égo narcissique de l’époque ne supportait pas de se sentir exclu de quelque chose que plusieurs de mes proches partageaient, je crois. Je suis pétrifiée de honte et de culpabilité rien qu’en écrivant. Vraiment.

Inutile de préciser que depuis que j’ai un enfant, j’ai un comportement absolument inverse à celui-ci. Que je ne peux plus entendre un enfant pleurer sans avoir le cœur broyé et envie de le serrer contre moi. Que j’allaite toujours mon fils de bientôt 16 mois, qui marche bien sûr. Que je ne le laisse pas pleurer. Que j’ai envie d’en parler dans toutes les conversations (mais là je me retiens, du coup).

Le pire, et c’est que je ne comprends pas, est qu’aucun de ces parents ne m’a jamais envoyée violemment bouler. Ok, je n’ai pas été QUE immonde avec leurs progénitures hein, j’ai aussi parfois été sympa. Mais franchement, si on me balançait un de ces trucs ou qu’on osait les balancer à mon enfant, je sortirais les dents et enverrais chier illico mon interlocuteur, proche ou pas proche. Rien que de l’imaginer me tord le cœur.

C’était donc vrai : la maternité, ça vous change. D’ailleurs j’ai constaté récemment cette différence avec un collègue qui n’a pas d’enfant, qui trouvait insupportable un enfant qui riait trop fort au resto. Moi, je trouvais ça mignon.

Tout cela me donne une raison de plus d’être emplie de gratitude envers mon enfant : grâce à lui, je ne deviendrai pas ce genre de vieille aigrie façon Tati Danielle.

* Dois-je préciser ici que j’ai un doctorat de psycho? (Cordonniers, mal chaussés, tout ça tout ça).

** Je ne savais pas encore ce que « crevée » signifiait vraiment.

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8 réflexions sur “Mea Culpa

  1. C’est super de changer de point de vue soudain ! J’essaie quand même de faire des efforts parfois avec mes copines nullipares. Meme quand elles comparent la douleur que j’ai pu ressentir à mon accouchement (sans péri) avec le soin d’une dent (LOL) 😉 .

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  2. Très bien vu cet article, et très touchant aussi. Je m’y reconnais, ainsi que nos copains qui n’ont pas encore d’enfants… J’essaye quand même de me retenir de leur dire « tu verras »… On en reparlera quand ce sera leur tour !

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    1. Oui je réalise maintenant que c’est tellement tentant! Et qu’effectivement c’est compliqué de tenir une conversation avec un bambin à côté qui réclame ton attention, et que tu ne veux surtout pas qu’il se sente mis à l’écart.

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  3. Je te trouve très honnête en tout cas dans ton « mea culpa ». Ça ne doit pas être évident d’avouer qu’on a été une personne qu’on juge désagréable aujourd’hui. Moi qui suis la première ou presque de mes amies et de ma famille à avoir eu un bébé, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de dire ou de penser tout ça. Mais je garde dans ma tête, au cas où quelqu’un le dise à propos de mes enfants, que cette personne ne se rend pas forcément compte de la difficulté d’être parent et de la portée de ses mots… et qu’elle changera peut-être d’avis un jour 😉

    En tout cas, au-delà du côté « confession douloureuse », il m’a quand même bien fait rire, cet article 🙂

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    1. Oui et c’est aussi je crois la méconnaissance totale que j’avais des enfants et de leurs émotions intenses! Et le peu d’intérêt que j’y portais. Tous les nullipares ne sont certainement pas comme ça je pense, mais c’est vrai que dans certaines réunions d’amis, être la seule à ne pas avoir d’enfants c’est parfois un peu chiant, il faut le garder à l’esprit!

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  4. Comme quoi, le rageant ‘tu verras quand t’auras des enfants’ est terriblement vrai!
    Moi j’essaie de me raisonner pour ne pas parler de mon fils à longueur de journée (ben oui, c’est le sujet le plus passionnant du monde, heureusement j’ai un blog pour moins saouler mes collègues). Et aussi pour ne pas parler qu’avec lui quand je suis au téléphone (genre Florence Foresti).
    Par contre pour l’éducation, je t’avoues que j’ai toujours pas fait mon méa culpa, et j’aurai bien fait une reflexion au voisin du haut dont la gamine de deux-trois ans m’a reveillé à 5h du mat en courant par tout.

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